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Marché & trading

Pourquoi la duck curve se réduit en Australie, et devient plus marquée en Europe

En Australie, la duck curve s'aplatit. En Europe, et donc aussi en Belgique, elle devient plus marquée. L'énergie solaire fait chuter le prix de l'électricité en journée, puis le pousse fortement à la hausse après le coucher du soleil. En Californie et en Australie, les batteries atténuent entre-temps ce mouvement. En Europe, les fluctuations de prix continuent de s'accentuer. Ce contraste montre pourquoi la flexibilité devient de plus en plus importante pour les entreprises.

Stefaan Soenen21 septembre 20265 min de lecture

La duck curve en une image

Le gestionnaire de réseau californien CAISO a introduit le terme duck curve en 2013, pour rendre visible l'impact de la croissance rapide de l'énergie solaire sur le réseau électrique. La courbe représente la demande nette : la demande totale d'électricité moins l'électricité produite à ce moment par l'énergie solaire.

Vers midi, lorsque le soleil brille le plus fort, les panneaux solaires produisent à plein régime, ce qui fait fortement chuter la demande nette. Cela forme le ventre du canard. Dès que le soleil se couche, cette production disparaît rapidement, tandis que la demande augmente à ce moment-là : les ménages rentrent chez eux, cuisinent à l'électricité et rechargent leur voiture. Cette montée rapide forme le cou du canard, avec un pic de prix marqué à la clé.

Heures de midi bon marché et pics du soir coûteux

En journée, l'offre dépasse régulièrement la demande. Le prix de gros peut alors descendre jusqu'à zéro, voire en dessous de zéro. Cela donne lieu à des tarifs d'injection négatifs, où vous payez pour l'électricité que vous réinjectez sur le réseau.

Après le coucher du soleil, la situation s'inverse complètement. D'autres sources d'énergie doivent rapidement monter en puissance. Les centrales nucléaires sont conçues pour une production stable et continue et ne peuvent pas suivre ce mouvement aussi facilement. C'est pourquoi les centrales au gaz doivent souvent intervenir, ce qui se traduit par des pics de prix en soirée.

Embouteillages sur le réseau

La duck curve ne provoque pas seulement des fluctuations de prix, elle révèle aussi les endroits où le réseau lui-même atteint ses limites. En cas de congestion du réseau, un véritable embouteillage se forme : à certains moments, par exemple l'après-midi lorsque la production solaire est élevée, la capacité est insuffisante pour transporter toute l'électricité, même s'il y en a théoriquement suffisamment de disponible. Sur le réseau basse tension, une production solaire simultanée importante peut faire monter la tension locale, jusqu'à ce qu'un onduleur s'arrête temporairement par sécurité.

Les batteries aplatissent la courbe en Californie et en Australie

L'évolution de la duck curve ne suit pas le même rythme partout. L'expert australien en énergie Steve Blume a résumé de façon frappante ce qui se passe en Australie : le ventre du canard perd du poids, et sa tête est coupée. Cela s'explique par le fait que les batteries y marquent de plus en plus le marché de leur empreinte. La production solaire excédentaire est stockée en journée et réutilisée le soir, lorsque le soleil disparaît.

En Australie, les batteries déterminent désormais le prix à plus d'un tiers de tous les moments de marché, contre 17 % un an plus tôt.

La Californie montre elle aussi à quelle vitesse ce basculement peut se produire. Il y a dix ans, le réseau comptait à peine 61 mégawatts de capacité de batteries ; aujourd'hui, ce chiffre dépasse les 16 gigawatts. Ce bond d'échelle a permis à Californie, en mai 2026, de tirer pour la première fois au monde plus de la moitié de son électricité de l'énergie solaire pendant un mois entier : 31 jours consécutifs à une moyenne de 51 %.

L'Europe ressent de plus en plus fortement les pics de prix

En Europe, et donc aussi en Belgique, on observe pour l'instant encore l'effet inverse : la courbe devient plus marquée. Quelques exemples :

  • Allemagne (ENTSO-E) : le pic du soir (18h-21h) est passé de 110 à 156 €/MWh en deux ans, soit une hausse de 42 %. L'écart entre les heures les moins chères et les plus chères de la journée a augmenté de 60 %.
  • Belgique (Elia, T2 avril-juin) : la moyenne est restée relativement stable (92,8 €/MWh en 2023 contre 94,1 €/MWh en 2026), mais les extrêmes se sont totalement écartés : de -90/+208 €/MWh en 2023 à -499/+973 €/MWh en 2026. Même moyenne, réalité totalement différente.

Les investissements dans les batteries absorbent déjà en grande partie ces extrêmes en Californie et en Australie. L'Europe doit encore parcourir ce chemin. Les entreprises capables de piloter ou de décaler leur consommation peuvent en tirer profit.

Ce que votre entreprise peut déjà faire aujourd'hui

L'impact de la duck curve sur le prix de l'électricité ne doit pas nécessairement représenter une menace pour les entreprises. Les entreprises capables de décaler leur consommation ou de piloter intelligemment leurs actifs transforment un poste de coût en avantage concurrentiel.

Plutôt que de consommer de l'énergie à des horaires fixes, laissez vos actifs réagir automatiquement à ce que le marché indique à chaque instant : une batterie qui se charge dès que le soleil augmente l'offre et fait baisser le prix, et qui se décharge dès que la demande repart à la hausse le soir ; un processus qui recherche lui-même le moment le plus avantageux de la journée, sans que personne ne doive le surveiller en continu.

Plus l'écart entre les heures les moins chères et les plus chères de la journée s'agrandit, plus ce pilotage prend de valeur. En Europe, la duck curve continuera de se marquer davantage dans les années à venir avant de s'aplatir à nouveau. Les entreprises qui misent déjà dessus aujourd'hui construisent dès maintenant la flexibilité qui comptera demain.